Matomo analytics, comment exploiter pleinement cet outil pour piloter sa stratégie de marketing digital
Google Analytics vous donne de l’urticaire depuis le passage à GA4 ? Vous n’êtes pas seul. Entre la complexité de l’interface, les limitations liées à la vie privée et la dépendance à Google, de plus en plus de marques, freelances et créateurs regardent ailleurs. Et l’alternative la plus crédible aujourd’hui, c’est Matomo.
Le problème : beaucoup installent Matomo “pour être compliant RGPD”, mais ne l’exploitent jamais vraiment comme un vrai levier de pilotage de leur marketing digital.
Dans cet article, on va voir comment utiliser Matomo non pas comme un simple compteur de visites, mais comme un cockpit pour piloter votre contenu, vos campagnes et vos ventes.
Pourquoi Matomo change (vraiment) la donne pour votre stratégie digitale
Avant de parler tableaux de bord et funnels, posons le décor : pourquoi basculer (ou au moins tester) Matomo dans votre stack analytics ?
3 raisons principales :
- Propriété des données : vous pouvez auto-héberger Matomo ou l’héberger chez eux, mais dans tous les cas, les données ne servent pas à nourrir un écosystème publicitaire comme Google. Vous gardez le contrôle, point.
- Respect de la vie privée : configuration possible sans cookies (donc sans consentement obligatoire dans certains cas), anonymisation avancée des IP, paramètres de conservation limités… un vrai atout si vous bossez avec des clients sensibles au RGPD.
- Vision orientée “business” : objectifs, conversions, entonnoirs, attribution… vous avez tout ce qu’il faut pour piloter votre marketing, sans perdre une heure dans des menus obscurs.
Autrement dit : Matomo n’est pas juste “le Google Analytics européen”. Bien configuré, c’est un outil qui colle mieux à la réalité des petites marques, des indépendants et des créateurs de contenu qui veulent des chiffres exploitables, pas juste jolis.
Installer Matomo, c’est bien. Le configurer pour le marketing, c’est mieux
Beaucoup s’arrêtent après avoir collé le script de tracking. Résultat : un joli graphe de trafic… inutilisable pour prendre des décisions.
Voici les priorités à paramétrer pour que Matomo devienne utile pour votre marketing digital.
Définir les objectifs qui comptent vraiment (et pas juste les pages vues)
Dans Matomo, les “Objectifs” sont votre boussole. C’est ce qui va vous permettre de répondre à la seule question qui compte : “Qu’est-ce qui génère réellement des résultats pour mon business ?”
Quelques exemples d’objectifs marketing concrets à configurer :
- Lead generation : inscription à une newsletter, téléchargement de lead magnet, création de compte, demande de devis.
- Vente : achat sur votre boutique, réservation, paiement d’une formation ou d’un coaching.
- Engagement qualifié : lecture d’un article à plus de 75 %, clic sur un bouton clé (par exemple “Voir les offres”), visite de plus de 3 pages en une session.
Chaque objectif peut être :
- Basé sur une page (ex : /merci-newsletter)
- Basé sur un événement (ex : clic sur un bouton, scroll, interaction spécifique)
- Associé à une valeur (ex : un formulaire de contact moyen rapporte 200 €, un achat 60 € de marge, etc.)
Sans cette étape, vous resterez bloqué à des questions de vanity metrics : “J’ai eu +20 % de trafic”, au lieu de “Mes leads ont augmenté de 15 % grâce à ce nouveau contenu”.
Traquer vos campagnes comme un pro (et arrêter de deviner)
Ensuite, il faut donner à Matomo la capacité de distinguer vos différentes actions marketing. C’est là que les paramètres de campagne entrent en jeu.
Le principe : chaque lien que vous partagez (newsletter, post LinkedIn, campagne d’influence, pub Meta, etc.) est tagué avec des paramètres, un peu comme les UTM de Google.
Les plus importants :
- pk_campaign : le nom de votre campagne (“lancement-formation-janvier”, “black-friday-2025”…)
- pk_source : la source (“instagram”, “newsletter”, “influenceur-X”, “meta-ads”…)
- pk_medium : le canal (“organique”, “paid”, “email”, “affiliation”…)
Exemple d’URL pour une campagne Instagram organique :
https://www.votresite.fr/guide-gratuit?pk_campaign=guide-freelance&pk_source=instagram&pk_medium=organique
Ce marquage va vous permettre de :
- Comparer vos campagnes entre elles (ex : vos Reels vs votre newsletter).
- Mesurer l’impact concret d’un partenariat influenceur (ex : clics + leads + ventes générés par chaque créateur).
- Optimiser vos budgets ads en fonction de la vraie performance, pas juste du CPC.
Sans tracking de campagne propre, vous resterez dans le flou sur ce qui marche vraiment. Avec, vous pouvez couper sans état d’âme ce qui ne convertit pas.
Exploiter les segments pour voir ce que les moyennes cachent
Les moyennes mentent. Si vous regardez juste “taux de conversion global = 2 %”, vous ratez des insights clés. Les segments dans Matomo vous permettent d’isoler des audiences très précises.
Quelques segments utiles pour piloter votre marketing :
- Par source : trafic venant d’Instagram, de Google, d’une newsletter spécifique, d’un influenceur.
- Par device : mobile seulement, desktop seulement (utile pour optimiser vos pages de vente ou formulaires).
- Par comportement : visiteurs qui ont déjà téléchargé un contenu, qui ont vu plus de 3 pages, ou qui sont revenus au moins 2 fois.
- Par géographie : pays ou villes clés si vous faites du local ou des campagnes ciblées.
Concrètement, ça sert à quoi ? À prendre de meilleures décisions :
- Si votre taux de conversion newsletter est 1,8 % en moyenne, mais 4 % sur mobile pour le trafic Instagram, vous savez où concentrer vos efforts de contenu.
- Si vos visiteurs venant d’un certain influenceur voient 2x plus de pages que la moyenne, c’est un signal fort pour reconduire ou amplifier le partenariat.
Segmenter, c’est arrêter de gérer votre stratégie digitale “au global” et commencer à piloter finement, canal par canal, audience par audience.
Suivre vos funnels et détecter les vrais points de friction
Matomo permet de construire des entonnoirs (funnels) très clairs pour visualiser les étapes clés de votre parcours utilisateur. C’est un des outils les plus sous-exploités… et pourtant un des plus puissants.
Exemples de funnels à créer :
- Funnel de vente :
- Page de vente
- Cliquer sur “Je commande”
- Page panier
- Page paiement
- Page de confirmation
- Funnel de génération de leads :
- Article de blog
- Clic sur un CTA “Télécharger le guide”
- Page de capture
- Formulaire envoyé
- Page de remerciement
L’objectif : repérer où ça casse.
- Si 80 % des gens quittent au moment du formulaire, c’est peut-être qu’il est trop long ou mal rassurant.
- Si la moitié des gens abandonnent à l’étape paiement, testez une autre solution, un autre design ou des moyens de paiement supplémentaires.
Au lieu de refaire toute votre page de vente “parce que ça ne convertit pas”, vous corrigez précisément l’étape qui bloque. C’est là que la donnée devient rentable.
Analyser le contenu qui génère vraiment du business (et pas juste des vues)
Pour les créateurs et les marques qui misent sur le contenu (blog, SEO, réseaux sociaux), Matomo peut vous aider à séparer le contenu “qui fait joli” du contenu “qui rapporte des leads ou des ventes”.
Quelques rapports à regarder de près :
- Pages les plus performantes en conversions : pas seulement les pages les plus vues, mais celles qui déclenchent le plus d’objectifs (inscriptions, demandes, ventes).
- Trajets des visiteurs : quelles pages les gens consultent juste avant de convertir (ou d’abandonner).
- Pages d’entrée : sur quelles pages les nouveaux visiteurs arrivent, et est-ce que ces pages donnent une vraie chance de les convertir ?
Cas typique : vous découvrez que vos 3 meilleurs articles SEO en trafic ne génèrent presque aucune conversion, alors qu’un article de niche, moins sexy, mais très ciblé, ramène 50 % des leads.
Qu’est-ce que vous faites avec cette info ?
- Vous renforcez le maillage interne vers cet article “pépite”.
- Vous créez plus de contenus sur la même intention ou le même niveau de conscience.
- Vous reprenez vos gros articles “trafic” pour y intégrer des CTA plus clairs vers vos offres ou vos aimants à leads.
Vous arrêtez de courir après les pages vues, et vous optimisez pour les résultats.
Exploiter Matomo pour mesurer vos actions social media et influence
Si vous bossez sur les réseaux sociaux ou avec des créateurs, Matomo peut devenir votre allié pour sortir du “ça fait de la visibilité” et aller vers “ça génère X leads et X ventes”.
Deux cas d’usage concrets :
1. Mesurer la vraie performance de vos réseaux sociaux
- Créez des paramètres de campagne propres pour chaque canal et type de contenu (ex : “reel-insta”, “carrousel-linkedin”, “story-affiliation”).
- Regardez ensuite, dans Matomo, non seulement le trafic généré, mais surtout :
- le taux de conversion associé,
- le panier moyen (si e-commerce),
- le nombre de pages vues par session (engagement).
Résultat : vous pouvez décider d’axer sur les formats et canaux qui génèrent du chiffre, pas seulement de la portée.
2. Piloter vos campagnes d’influence
- Attribuez à chaque créateur des liens de tracking différents (pk_source = nom de l’influenceur).
- Optionnel : créez des pages d’atterrissage personnalisées par créateur pour une expérience plus alignée avec son audience.
- Suivez dans Matomo :
- le trafic généré par chaque créateur,
- les leads ou ventes générés (avec vos objectifs),
- le taux de rebond et l’engagement (pour voir l’alignement de l’audience).
À la clé : vous savez quels créateurs garder, amplifier, ou laisser tomber, sur la base de données concrètes, pas seulement de likes ou d’impressions.
Ne pas négliger l’attribution (et éviter de surestimer le dernier clic)
Comme tout bon outil analytics, Matomo propose des modèles d’attribution pour ne pas tout faire reposer sur le “dernier clic”. Parce que non, votre newsletter n’est pas forcément la seule héroïne si l’utilisateur a découvert votre marque sur Instagram deux semaines avant.
Matomo permet d’analyser :
- Le premier contact : d’où viennent les visiteurs qui découvrent votre marque pour la première fois ?
- Les points de contact intermédiaires : quels canaux nourrissent la relation (contenu, réseaux, retargeting) ?
- Le dernier clic : quel canal déclenche la conversion au final ?
Utilisation très concrète :
- Si Instagram est souvent le “premier contact”, mais rarement le dernier clic, ça ne veut pas dire qu’il “ne sert à rien”, mais qu’il joue un rôle de découverte.
- Si votre newsletter est souvent présente en “dernier clic”, vous savez qu’elle est un canal de déclenchement efficace, à chouchouter.
L’objectif n’est pas de trouver “le canal miracle”, mais de comprendre le rôle de chaque canal dans votre écosystème digital pour répartir vos efforts intelligemment.
Transformer Matomo en tableau de bord de pilotage (et pas juste en usine à gaz)
Dernière étape : organiser l’info pour ne pas vous perdre. L’erreur classique, c’est de vouloir tout suivre… et de ne plus rien regarder.
Mon conseil : créez 2 à 3 tableaux de bord personnalisés dans Matomo, selon votre activité :
1. Tableau de bord “Direction” (vision business)
- Nombre de conversions par type (leads, ventes, inscriptions).
- Taux de conversion global du site.
- Top 5 canaux générateurs de conversions (et pas juste de trafic).
- Revenus associés (si vous avez configuré des valeurs).
2. Tableau de bord “Acquisition & contenu”
- Trafic par canal (SEO, réseaux sociaux, ads, email, influence…).
- Pages d’entrée les plus performantes.
- Articles / contenus générant le plus de conversions.
- Performance des campagnes actives (via pk_campaign).
3. Tableau de bord “UX & funnels” (si vous avez un site avec tunnel de vente)
- Visites par device (mobile / desktop).
- Taux de rebond global et sur les pages stratégiques.
- Progression dans vos funnels (abandon par étape).
- Temps passé sur les pages clés (pages de vente, formulaires).
L’objectif : que, chaque semaine, en 15–20 minutes, vous ayez une vision claire de ce qui progresse, de ce qui stagne et de ce qui doit être optimisé.
Mini check-list pour vraiment tirer parti de Matomo
Vous voulez passer de “j’ai installé Matomo” à “je pilote ma stratégie avec Matomo” ? Voici une check-list opérationnelle à suivre.
- ✔ Installer Matomo (cloud ou auto-hébergé) et vérifier le tracking sur tout le site.
- ✔ Définir 3 à 5 objectifs business clés (lead, vente, engagement qualifié) et les configurer dans Matomo.
- ✔ Mettre en place un système de nommage clair pour vos campagnes (pk_campaign, pk_source, pk_medium) et l’utiliser partout.
- ✔ Créer au moins 3 segments utiles : par source principale (SEO, Instagram, newsletter), par device (mobile/desktop) et par niveau d’engagement (visiteurs revenants, multi-pages).
- ✔ Construire au moins un funnel pour votre parcours principal (vente ou lead) et analyser les abandons.
- ✔ Identifier vos 10 pages les plus vues et vérifier lesquelles génèrent des conversions… puis optimiser les autres avec de meilleurs CTA.
- ✔ Mettre en place un suivi des campagnes d’influence ou partenaires avec des liens de tracking dédiés.
- ✔ Créer 2 ou 3 tableaux de bord personnalisés (business, acquisition, funnels) et fixer un rituel de revue hebdomadaire.
- ✔ Noter chaque semaine 2 à 3 actions concrètes à partir de vos données Matomo (tests A/B, simplification d’un formulaire, renforcement d’un canal performant…).
Un outil analytics ne sert à rien si vous ne l’utilisez pas pour arbitrer, tester et couper. Bien exploité, Matomo peut devenir l’allié discret mais redoutablement efficace de votre stratégie digitale : moins de suppositions, plus de décisions fondées sur des faits.